Toute ville porte en elle la trace des choix qu'elle a su anticiper. Construire un territoire lisible, équilibré, capable d'évoluer sans se disperser, c'est l'enjeu même de la planification. À Marrakech, planifier, c'est accorder la ville à son temps, sans rompre avec son âme.
Depuis plusieurs décennies, les villes se sont imposées comme les véritables moteurs du développement humain et économique. Près de 60 % de la population mondiale y vit déjà, et cette proportion devrait dépasser 70 % d’ici 2050. Ces territoires urbains concentrent plus de 80 % du PIB mondial et près de 90 % des emplois du secteur privé. Mais ils portent aussi une lourde responsabilité : celle de la durabilité. Les villes consomment plus des deux tiers de l’énergie mondiale et génèrent plus de 70 % des émissions de CO₂. Derrière ces chiffres se cache une réalité : c’est dans les villes que se jouera l’avenir de la planète.
C’est précisément ici que la planification urbaine prend tout son sens. Elle n’est plus seulement une question d’aménagement ou de réglementation, mais un véritable levier pour transformer la croissance en progrès collectif. Planifier la ville, c’est organiser l’affectation du sol, définir les vocations du territoire, anticiper les besoins en logements, en infrastructures, en transports et en espaces verts. C’est aussi assurer un équilibre entre développement économique, inclusion sociale et préservation de l’environnement. La planification urbaine devient alors un instrument de gouvernance, un outil de justice spatiale et un moteur de transition bas-carbone.
Au Maroc, cette vision s’est peu à peu imposée comme un axe central des politiques publiques. La loi 12-90 sur l’urbanisme, les Schémas Directeurs d’Aménagement Urbain (SDAU) et les Plans d’Aménagement (PA) ont jeté les bases d’un urbanisme structuré, capable d’accompagner la croissance démographique et la modernisation du pays. Mais au-delà des textes, c’est une véritable transformation culturelle qui s’est engagée : penser la ville comme un écosystème vivant, où chaque décision d’aménagement contribue à la qualité de vie, à la résilience et à l’équité territoriale.
Cette évolution s’est nourrie d’un ensemble d’initiatives novatrices portées par le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme : éco-quartiers, agriculture urbaine, densification raisonnée, réhabilitation des espaces publics, intégration de la performance énergétique… autant d’expériences qui traduisent une volonté claire : faire de la ville un espace harmonieux, durable et inclusif. Parallèlement, les Plans de Développement Régionaux (PDR) et les Plans d’Action Communaux (PAC) sont venus renforcer cette dynamique, assurant une meilleure articulation entre les niveaux local, régional et national.
L’adoption de la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD) en 2017, puis son actualisation en 2025, a consolidé ce mouvement. La SNDD place la durabilité au cœur du modèle marocain, tout en intégrant les orientations du Nouveau Modèle de Développement et les ambitions climatiques du pays. Les régions, à travers leurs plans d’action déclinés de la SNDD, deviennent ainsi les catalyseurs d’une planification plus intégrée, mieux ancrée dans la réalité des territoires.
À Marrakech, cette histoire prend une dimension particulière. Longtemps marquée par une croissance rapide et un décalage entre urbanisation et planification, la ville a su opérer un véritable tournant. Les années récentes ont vu une accélération majeure : grâce à l’élan impulsé depuis 2022 par le Ministère de l’Urbanisme, la ville s’est dotée de la quasi-totalité de ses Plans d’Aménagement : Sidi Youssef Ben Ali, Médina, Guéliz, Marrakech Ouest et la Zone industrielle, tandis que le PA Ennakhil entre dans sa phase finale. Cette couverture quasi complète offre enfin une cartographie claire des vocations territoriales et un cadre solide pour orienter le développement urbain.
Cette base réglementaire renforce une dynamique plus large. Sous la conduite des institutions locales et régionales, Marrakech inscrit désormais sa trajectoire dans la durabilité : à travers les Plans d’Action Communaux 2022-2028 (« Marrakech, une ville durable et résiliente »), la déclinaison régionale de la SNDD, et des instruments complémentaires tels que le Plan Vert, l’Étude d’aptitude à l’urbanisation, ou encore le Plan Climat de la ville. Ensemble, ces démarches donnent naissance à une planification de nouvelle génération : plus intégrée, plus holistique et davantage fondée sur la connaissance et la donnée.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le Programme « Marrakech, Ville Durable » (PMVD). Porté par le Département du Développement Durable avec l’appui du PNUD et du FEM, ce programme (doté d’un budget d’environ 100 MDH) accompagne la mise à niveau de la planification urbaine. Il promeut l’intégration verticale et transversale de la durabilité, renforce la gouvernance territoriale par la donnée (grâce à la cellule de suivi-contrôle des services urbains) et favorise la concertation à travers des dialogues territoriaux et des ateliers multi-acteurs.
Le PMVD agit concrètement à travers :
- l’élaboration d’un référentiel national d’intégration de la résilience climatique dans les documents d’urbanisme ;
- l’organisation d’un dialogue national sur la durabilité et la résilience urbaine ;
- l’élaboration du Plan Climat de la Ville de Marrakech ;
- l’appui à l’intégration des aspects de durabilité dans le PAC de Marrakech ;
- l’élaboration d’un plan d’action régional SNDD pour Marrakech-Safi ;
- le dialogue territorial pour l’alignement des priorités ;
- et l’équipement et le renforcement de la cellule de suivi et de contrôle des données sur les services publics.
À travers ces actions, Marrakech affirme progressivement une nouvelle vision : une ville qui anticipe, qui planifie, qui se transforme pour devenir un modèle de durabilité urbaine au Maroc et un laboratoire de la transition écologique à l’échelle régionale.
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